3.X.2015 – POINT CULTURE SEPTEMBRE

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En ce mois de Septembre qui vient de filer comme un coup de vent, je me suis perdue dans les livres et le cinéma.

// Imaqa, Une aventure au Groenland, Flemming JENSEN. //

Entre tradition et modernité, Jensen pousse Martin, instituteur danois au fin fond du Groenland. Le personnage est sans cesse confronté aux limites de son savoir de colonisateur et le pouvoir de l’héritage ancestral des habitants de Nunaqarfik. Ce tout petit village de cent cinquante âmes vit au rythme des saisons, de la chasse, des glaciers et non à l’encontre de la nature. Martin s’adapte non sans mal à cette toute nouvelle vie, immense, aventurière et véritable. On ne s’encombre pas du qu’en-dira-t-on mais de la simplicité des coeurs, de la chaleur des foyers sentant le café, des fêtes « au pied levé »…

J’ai souri, j’ai réfléchi, j’ai aimé tout simplement.

 » Chasseur…

Salarié…

Des normes de valeur qui étaient peut-être en train de changer. Toute la société reposait sur le fait qu’être chasseur était la fonction de la plus digne – porteuse de tout la culture. Qu’allait-il se passer si le chasseur était supplanté par le salarié ? 

Qu’allait-il se passer si ce travail, auréolé du plus haut prestige, qui exigait un savoir-faire et des connaissances transmises de génération en génération, et constituait le fondement de l’existence des hommes, perdait du terrain au profit de gens qui allaient donner un coup de main à des étrangers entreprenants ? « , Imaqa, Une aventure au Groenland, Flemming Jensen, Deuxième partie, chapitre 13

// Un voyage au Japon, Antoine Piazza. //

Piazza qui a déjà parcouru l’Europe à vélo, empaquette son deux roues à pédale, direction le Japon ! Il ne connaît ni le pays, ni la langue, ni les idéogrammes.

Ce livre se lit très rapidement et sobrement. Dire que je n’ai pas aimé serait un petit mensonge. J’ai apprécié lire ses difficultés, ses rencontres impromptues, entrevoir la différence des cultures architecturales et sociales. Mais, je n’ai pas réussi à accrocher à l’écriture.

 » « Les gens pourront toujours dire que je ne sais pas chanter, mais personne ne pourra jamais dire que je n’ai pas chanté », répondait la cantatrice* à ceux qui lui rapportaient l’avis des critiques musicaux. Si cette phrase miraculeuse (…) pouvait servir de passeport à n’importe quel chanteur novice impatient de chanter Mozart, elle permettait à des audacieux à bicyclette, tels que moi, grimpeurs du dimanche maladroits dans l’usage des braquets, de se risquer sur des cols mythiques. Je ne savais pas pédaler, mais personne ne pouvait dire que je n’avais pas pédalé… », Un voyage au Japon, Antoine Piazza, Chapitre 4

*Florence Foster Jenkin

// Le coeur cousu, Carole Martinez //

Dans l’Espagne profonde vit Frasquita Carasco, brodeuse, couturière au talent jouxtant la magie, la sorcellerie et le mystère de l’héritage familial. Ses fils prennent vie et la redonne. Frasquita se joue et se déjoue lors de son errance dans l’Andalousie accompagnée de ses enfants doués eux aussi de dons.

J’ai du mal à vous parler de ce roman qui m’a fortement impressionnée par sa chaleur, la crudité des passages, le manuscrit magnifié naturellement, sans fioriture. L’univers est à la fois onirique, véritable, farfelu et pourtant entres les lignes on y entrevoit la maternité, l’amour, la fureur de vivre et la mort.

« Bleu certes, mais quel bleu? Le bleu d’un ciel d’été à midi, le bleu sourd de ce même ciel quelques heures plus tard, bleu sombre de la nuit avant quelle ne soit noire, le bleu passé, si doux de la robe de la Madonne, et tout ces bleus inconnus, étranger au monde, métissés plus ou moins mêlés de vert ou de rouge. » Le Coeur cousu, Carole Martinez

// Le buveur de Lune, Görom Turnstörm //

J’ai eu énormément de mal à rentrer dans l’univers de ce roman « cosmique ». Pétur est un petit garçon, il est né d’une « mère sismique » avalée par la montagne et d’un père politique. Entre ordinaire et magie, on le voit grandir et le père vieillir. La vie côtoie d’un coup la mort, l’enfance la violence…

« Les oiseaux doivent voler.

Les oiseaux ne doivent pas rester sur un rocher à contempler les landes, les montagnes et la mer déchaînée, à côté d’un être plongé dans ses pensées. » Le buveur de Lune, Görom Turnstörm

// La femme à la clé, Vonne van der Meer //

Avez-vous déjà eu un livre dont vous ne vouliez pas qu’il finisse ? La femme à clé est un petit bijou d’humanité et de tendresse. Nettie est fraîchement veuve, proche de la retraite et sans réelle qualification, elle se toune vers sa passion :  les livres. Elle les lira le soir venu aux personnes seules comme lorsqu’on fait la lecture à un enfant. Peu à peu, elle deviendra la confidente, l’amie, la conseillère de ses clients-patients.

Je réalise qu’elle fait l’un des plus beaux métiers, celui de redonner confiance, espoir ou chaleur. Qu’à travers elle, il y a la transmission du savoir, de la confiance, de la passion. Profondément humain.

 » – Que veux-tu devenir ? Ecrivaine ? Ou radoteuse ?

– Ecrivaine.

–  Alors apprend à couver ton histoire. Il lui faut du temps. Certains projets hantent ton esprit, gagne en puissance, d’autres tombent au champ d’honneur. Une idée… que ce soir pour une histoire ou pour autre chose, est un jardin secret. » La femme à la clé, Vonne van der Meer

(Barcarolle, Op.60, Chopin)